Histoire des végétariens
Vivre sans viandePréhistoire et Antiquité
- Préhistoire : alimentation majoritairement végétale par nécessité (cueillette, chasse occasionnelle, agriculture naissante) — pas un choix éthique mais une contrainte de survie.
- Inde, jaïnisme (VIe siècle av. J.-C.) : principe de non-violence (ahimsa) envers tout être vivant → renoncement à la viande et aux biens matériels, par crainte de nuire à une âme.
- Hindouisme et bouddhisme : intègrent également l'ahimsa, avec des degrés variables selon les castes et écoles.
- Grèce antique : Pythagore prône l'abstinence de viande pour des raisons éthiques, spirituelles et liées à la croyance en la métempsycose (transmigration des âmes entre humains et animaux).
- Question fondatrice : est-il nécessaire/juste de tuer des animaux pour se nourrir ? L'homme est omnivore, donc il choisit — paradoxe entre "peut manger de tout" et "ne mange pas tout" (adaptation au milieu naturel, construction culturelle).
- Place singulière de la viande : aliment transgressif, car tuer un être qui cherche à vivre.
- Ce que l'on mange définit l'individu et le groupe, le différencie des autres — l'alimentation comme marqueur identitaire et support de réflexion sur la vie et la mort.
Empire romain
- Frugalité prônée par les philosophes stoïciens (Sénèque) : l'excès de viande associé au luxe et à la décadence.
- Fin Ier siècle : Plutarque s'indigne de l'alimentation carnée dans Sur la consommation de chair animale → premiers balbutiements d'une éthique animale en Occident.
- Le sacrifice rituel déplace au niveau sacré un acte violent, ce qui permet de déculpabiliser l'acte de tuer (mise à distance symbolique).
- 312 : conversion de l'empire romain au christianisme → interdiction des pratiques païennes (sacrifices animaux), la crucifixion du Christ étant considérée comme le sacrifice ultime et définitif, rendant les sacrifices animaux obsolètes.
Moyen Âge
- Le végétarisme recule globalement en Europe, la viande devenant un marqueur de statut social (noblesse).
- Certaines communautés religieuses limitent néanmoins la viande : jeûnes, carême, règles monastiques (bénédictins, chartreux).
- S'abstenir de viande "chaude" (rouge, échauffant le sang) perçue comme une incitation à la luxure → pénitences pouvant aller jusqu'à 150 jours.
- Bouddhisme : si l'on ne tue pas soi-même l'animal (et qu'on ne demande pas à ce qu'il soit tué pour soi), on peut consommer de la viande — cette souplesse doctrinale a favorisé l'expansion de la religion dans des régions où le végétarisme strict était difficile.
Renaissance
- Regain d'intérêt humaniste pour les idées antiques (pythagorisme, stoïcisme) et un idéal d'alimentation simple et naturelle.
- XVIe siècle : les grandes découvertes et les récits de missionnaires jésuites permettent un premier contact occidental documenté avec le végétarisme indien (caste brahmane, perçue comme spirituellement supérieure et végétarienne, contrairement aux castes considérées comme inférieures).
- Ces récits nourrissent les débats européens sur la nature humaine, l'âme des animaux et le statut moral de l'alimentation.
XVIIIe–XIXe siècles
- Le protestantisme remet en cause l'aspect pieux de l'abstinence de viande : celle-ci devient un choix personnel et hygiénique, sans portée salvatrice ou spirituelle directe.
- George Cheyne (médecin écossais, XVIIIe siècle) propose un régime à base de légumes et de produits laitiers pour des raisons de santé — influence sur des figures comme Voltaire ou Samuel Johnson.
- Glissement progressif : la motivation sanitaire et hygiéniste prend le pas sur la motivation spirituelle.
- 1842 : date marquant l'émergence du végétarisme comme mouvement structuré et identifiable.
- XIXe siècle : l'industrialisation (notamment à Manchester) et l'urbanisation suscitent des réactions critiques sur l'alimentation industrielle et l'élevage de masse.
- 1847 (Angleterre) : fondation de la Vegetarian Society, première société végétarienne organisée, popularisant le terme "vegetarian".
- Le mouvement se diffuse également aux États-Unis (Sylvester Graham) et en Allemagne.
- Début XXe siècle, Monte Verità (Suisse, Ascona) : communauté végétarienne et naturiste devenue un foyer d'expérimentation culturelle, artistique et spirituelle de l'avant-guerre (anarchistes, artistes, théosophes).
XXe siècle
- Diffusion du végétarisme via les mouvements pour la santé, l'écologie naissante et les droits des animaux.
- Apparition et formalisation de variantes : ovo-lacto-végétarisme, lacto-végétarisme, végétalisme (véganisme).
- Publication d'ouvrages fondateurs pour l'éthique animale moderne, notamment dans les années 1970 (mouvement de libération animale).
- Essor du véganisme comme mode de vie global, au-delà de la seule alimentation (vêtements, cosmétiques).
XXIe siècle
- Forte croissance mondiale du végétarisme et du véganisme, particulièrement marquée dans les pays occidentaux et urbains.
- Motivations principales, souvent combinées :
- Environnement : impact de l'élevage sur le changement climatique, la déforestation et l'usage des ressources en eau.
- Éthique animale : bien-être animal, dénonciation de l'élevage intensif.
- Santé : prévention des maladies cardiovasculaires, certains cancers, etc.
- Culture : diversification de l'offre alimentaire, influence des réseaux sociaux et des cuisines du monde.
- Développement de l'industrie des substituts de viande (protéines végétales, viande cultivée en laboratoire).
- Débats contemporains sur le flexitarisme comme étape intermédiaire et compromis pragmatique.
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